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Entretien écrit #6 avec Marc Le Roux

Bio express

Admin Admin DPRT | Master professionnel Droit et pratique des relations de travail - Université Paris 2 Panthéon-Assas | DPRT

Formation

  • Master 2, Droit et Pratique des Relations de Travail, Promotion Fidal, Université Panthéon-Assas (Paris II)

Expérience

  • Directeur des Affaires sociales, Groupe Chanel SAS
  • Responsable des Affaires sociales et de la rémunération, Mode, Chanel
    SAS
  • Responsables des Affaires juridiques sociales, Groupe Fast Retailing
  • Avocat, Actance
  • Avocat, CMS Francis Lefebvre
  • Avocat,  Fidal Direction Internationale

Entretien réalisé par Rosalie Garin.

Rosalie Garin : Quel a été votre parcours depuis votre sortie du DPRT ?

Marc Le Roux : A l’issue du DPRT, j’ai été engagé par le cabinet d’avocats Fidal Direction Internationale au sein duquel j’avais effectué mon apprentissage en 2002-2003. Je venais de réussir l’examen du CRFPA et j’ai ensuite effectué ma formation à l’EFB sous le régime « salarié », en même temps que j’étais juriste au sein du cabinet Fidal. Fin 2004, j’ai obtenu le barreau et en janvier 2005, le cabinet Francis Lefebvre m’a fait une proposition d’embauche que j’ai acceptée.


RG : A l’époque, vouliez-vous être avocat ?


MLR : Oui, tout à fait. La profession d’avocat représentait l’aboutissement naturel de mon cursus juridique et c’est un métier dynamique et intéressant qui m’attirait beaucoup. Je suis resté trois ans chez Francis Lefebvre, jusqu’en 2008. Ce fût une expérience extrêmement enrichissante qui m’a appris « à travailler et à écrire ». Les clients qui faisaient appel à nos services avaient naturellement des attentes élevées sur des questions souvent très pointues. Les consultations que je rédigeais devaient être parfaites. Au vu de mon statut de « junior », je n’ai pas eu l’occasion de plaider, mais j’ai développé mes qualités rédactionnelles, d’écoute et de communication avec les clients. Le cabinet Francis Lefebvre a été une très bonne école pour me lancer dans le métier d’avocat. En 2008, j’ai intégré le cabinet Actance, qui s’était récemment créé et j’ai ainsi eu le plaisir de travailler aux côtés de Philippe Chapuis. La structure était plus petite mais j’y ai eu tout de suite beaucoup plus de liberté. Le travail était très intense et exigeant. J’ai dû m’occuper rapidement de clients en totale autonomie et j’ai découvert le plaisir du contentieux. Le rythme était effréné mais ce fût une expérience complémentaire à celle que j’avais vécue précédemment chez Francis Lefebvre.

RG : Pourquoi avoir décidé d’intégrer le milieu de l’entreprise après votre expérience en tant qu’avocat ?


MLR : J’ai décidé d’intégrer le milieu de l’entreprise pour exercer différemment mon métier. J’avais envie de m’identifier à une marque et de mettre en œuvre du début à la fin des projets inspirants. De plus, ce changement de carrière coïncidait avec des moments importants de ma vie personnelle, notamment la naissance de mes enfants, ce qui invite à une certaine réflexion sur la façon de travailler. J’avais la volonté de m’épanouir dans un équilibre plus général et je me suis posé une question simple mais néanmoins fondamentale : est-ce que je suis épanoui dans mon métier ? En 2011, j’ai rejoint la société Fast Retailing qui détient les marques Uniqlo, Comptoir des Cotonniers, Princesse Tam Tam et Theory.

« Je me suis posé une question simple mais néanmoins fondamentale : est-ce que je suis épanoui dans mon métier ? »

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J’avais appris par l’intermédiaire de mon maître d’apprentissage chez Fidal, Jean-Marc Albiol, que la société cherchait un Responsable des Affaires juridiques sociales au niveau du Groupe. Une nouvelle preuve de l’influence du DPRT sur ma carrière professionnelle. L’expérience m’a passionné car tout était à construire. Il a fallu créer de nombreux accords afin de mettre en place la prévoyance, la mutuelle, le travail du dimanche… Les effectifs étaient en hausse constante et la création juridique a été intense à chaque nouveau seuil d’effectifs franchi. Cette expérience m’a permis de vivre la réalité de l’entreprise et d’être en contact direct avec les salariés et les ressources humaines. J’ai mené des projets captivants et mémorables comme par exemple l’organisation d’une campagne de recrutement de très grande envergure et la collaboration avec des équipes japonaises.


RG : Nous avons vu que vous avez rejoint le Groupe CHANEL en 2014 ; pouvez-vous nous en dire davantage sur votre évolution au sein de la Maison ?


MLR : En novembre 2014, j’ai rejoint la Maison CHANEL au sein de la Division Mode en tant que responsable des Affaires sociales et de la rémunération. J’étais donc en charge des Affaires sociales, de l’administration du personnel et de la partie Compensation & Benefits. Ce fût un premier pas au sein du Groupe mais, par crainte de m’appauvrir juridiquement, j’ai pu bénéficier d’une mobilité en 2016 sur le poste de Responsable des Affaire sociales Groupe. J’ai ainsi rejoint ce que l’on appelle « le Corporate » où je dirige l’activité Affaires Sociales avec une équipe de onze personnes.


RG : Avez-vous eu des doutes au cours de votre parcours ?


MLR : Oui. Après quelques années d’exercice du métier d’avocat, à un moment où la question s’est posée de se projeter dans la profession à long terme, en tant qu’associé d’une structure. Je me suis réellement demandé si j’étais pleinement épanoui dans mon travail, si c’était ce métier que je souhaitais faire toute ma vie, comment est-ce que j’envisageais ma carrière… Je pense qu’il est très important d’être lucide sur ses envies, ses compétences, sur la difficulté aussi de devenir avocat associé au sein d’un cabinet. A mon sens, ce sont des questions qu’il faut se poser à certains moments charnières, où le passage vers l’entreprise est possible et où l’expérience en tant qu’avocat est perçue par les entreprises comme un atout, et pas encore comme un frein. A partir d’un certain niveau de séniorité, une expérience professionnelle exclusivement en tant qu’avocat peut en effet susciter des craintes des recruteurs, notamment par rapport à une méconnaissance du fonctionnement interne de l’entreprise ou un éventuel manque de « pragmatisme » dans la façon de travailler. A l’inverse, une première expérience en tant qu’avocat est généralement perçue comme un gage d’expertise et de capacité de travail.


RG : Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier ?


MLR : Réaliser des projets qui sont utiles au « business ». Par exemple, mettre en place l’accord sur le travail du dimanche et le travail en soirée dans les boutiques qui a eu, et qui continue à avoir, un impact considérable sur l’entreprise, l’organisation des équipes…

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RG : Avez-vous des modèles dans la profession ?


MLR : Tout d’abord Bernard Teyssié, la référence évidente et naturelle pour tous ceux qui ont suivi la formation DPRT. Il est un modèle de rigueur et de dévouement au droit social ; une personne brillantissime comme on a rarement l’occasion d’en rencontrer dans sa vie. Bernard Teyssié m’a donné ma chance. Il m’a permis d’intégrer le DPRT : je lui dois donc tout par rapport à mon parcours professionnel. J’ai également une grande reconnaissance envers mon parrain de promotion et maître d’apprentissage, Jean-Marc Albiol, qui m’a ouvert les portes de Fidal Direction Internationale et qui m’a, par la suite, aidé à effectuer ma reconversion professionnelle vers
l’entreprise.


RG : Dans 5 ans, où vous voyez-vous ? Quels sont vos objectifs ?


MLR : Dans 5 ans, je peux m’imaginer toujours à la même place au sein de la Maison CHANEL. J’ai trouvé un métier dans lequel je m’épanouis et qui me permet d’avoir accès à des dossiers extrêmement intéressants, de collaborer avec des personnes passionnées par leur métier, au sein d’une organisation très stimulante. L’activité Affaires sociales est valorisée. Il n’y a pas vraiment d’ombre au tableau au moment où on se parle ! Les objectifs que je peux aujourd’hui me fixer sont les suivants : une maitrise toujours plus complète des différents aspects des affaires sociales et le maintien d’un climat social de qualité au sein de la Maison CHANEL.


RG : Quels liens entretenez-vous encore aujourd’hui avec le Master DPRT ? Etes-vous toujours en contact avec des élèves de votre promotion ?


MLR : Je suis toujours en contact avec un petit groupe d’amis de ma promotion ; nous nous voyons de temps en temps et sommes restés très proches à notre façon, comme des personnes qui ont passé 6 jours sur 7, 10 heures par jour, pendant un an, peuvent l’être ! Avec le Master DPRT, le lien est toujours aussi fort qu’à l’époque puisque depuis quelques années, j’accueille tous les ans au sein des Affaires sociales un/une apprenti(e). Je participe aussi régulièrement aux différents évènements organisés par le Master, comme les jurys professionnels, mais aussi les conférences et colloques qui sont synonymes d’information juridique de qualité. De plus, dès que j’ai une offre d’emploi à proposer, je privilégie toujours en premier lieu la bourse d’emploi interne au DPRT.

RG : Avez-vous un conseil à donner à la nouvelle génération de juristes en droit social ?


MLR : Se maintenir à niveau d’excellence d’un point de vue technique et juridique et, en même temps, savoir être créatif et être force de proposition. Etre juriste de droit social revient à analyser et comprendre les situations afin de proposer les solutions les plus adaptées. Il faut être pragmatique et trouver des solutions utiles à l’entreprise.

 

« Être juriste de droit social revient à analyser et comprendre les situations […] il faut savoir être créatif et être force de proposition »

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